Carnet de route

Le Néouvielle, sous le soleil exactement (8, 9 et 10 avril 2015)

Le 27/04/2015 par
Le projet d'un raid printanier à ski de rando se profilait à l'horizon depuis plusieurs mois. A l'origine, il était question de mettre le cap sur le massif catalan des Encantats. Une idée séduisante pourtant abandonnée faute d'enneigement suffisant et de refuge encore ouvert sur place. A la veille du départ, nous voilà en train d'échafauder avec gourmandise des plans B, ou C, voire D, en quête de sommets encore garnis de chantilly en ce début avril, pour une dégustation de trois jours… La pique d'Estats ? Abordable sur un seul week-end. Andorre ? L'absence de refuge gardé serait synonyme de lourd portage. Le Valier ? Pas assez enneigé. Ce sera finalement le massif du Néouvielle, au cœur des Hautes-Pyrénées ! Notre petite équipe se compose de cinq cafistes : Anne-Laure, Iris, Anaïs, Alain et Stéphane, notre « mono » officiel, devenu initiateur ski de rando en 2014. Nous décollons en fin d'après-midi pour avaler les six heures de route qui nous séparent de Barèges, village niché peu après Lourdes. Jour 1 :Le lendemain matin, l'ascension débute en direction du refuge de la Glère, notre première étape située 600 mètres plus haut. Nous « peautons » au pied de pistes de ski désertes mais encore blanches, alors que le paysage transpire à grosses gouttes sous les assauts d'un généreux soleil de printemps. On enlève une couche, puis deux, et on se retrouve rapidement à monter en T-shirt ou débardeur. Au creux du vallon que nous remontons, nous sommes rattrapés par une dizaine de skieurs qui en profitent pour nous rendre une paire de gants semée en chemin. Il s'agit d'un petit bataillon de futurs initiateurs ski de rando, en stage pour la semaine. Nous recroiserons régulièrement leur trace pendant le séjour. Puis la pente se raidit, Stéphane en profite pour tester notre dextérité en conversions. Débute alors un jeu bon enfant qui deviendra le fil rouge de ce raid : attribuer bons ou mauvais points à notre mono, au moindre prétexte. Une trace jugée un peu hasardeuse ? – 1. Un conseil technique bien senti : +1. Une petite pause pansement pour prévenir l'apparition d'ampoules aux pieds ? + 2 ! Devant le refuge de la Glère, une table de pique-nique déneigée ceinturée de murs de neige nous invite à une bonne halte. Au-dessus de 2000 mètres d'altitude, le relief reste bien enveloppé de neige. Pics, cols et arrêtes se réverbèrent sur la carte IGN en courbes et noms avec lesquels nous nous familiarisons. Nous nous extirpons avec peine de la langueur digestive pour nous éloigner un peu du refuge, l'occasion de réaliser un petit exercice d'utilisation de nos DVA. Une piqûre de rappel jamais superflue, sous la houlette de Stéphane, qui marque incontestablement des points pédagogiques. S'ensuit une agréable descente sur neige bien molle. Sous le regard de quelques occupants du refuge qui profitent de la terrasse, pas le droit à l'erreur ! Jour 2 : Ciel à peine voilé, vent inexistant, température des plus clémentes. Notre bonne étoile de cafiste nous a suivi dans les Hautes-Pyrénées, et nous sommes bien décidés à suivre l'itinéraire concocté par notre mono, certifié « très easy » par nos sympathiques voisins de table du refuge, des Béarnais (dont l'éminent Popol) visiblement habitués à arpenter les environs. Le seul doute qui subsiste concerne l'utilisation des couteaux, sur un terrain qui s'assouplit (nous ne sommes pas partis à l'aube !) mais présente parfois des pentes soutenues qui s'étirent entre un chapelet de lacs. Finalement, les crampons se révéleront nécessaires pour venir à bout de la brèche Chaussenque. De là, la vue porte loin vers l'est, nous embrassons du regard un vaste horizon en bichromie fait de neige étincelante et d'aiguilles rocheuses. Une courte descente puis une traversée nous conduisent au pied du pic du Néouvielle, qui sera le point culminant de notre parcours (3091m). Le sommet se mérite : à mesure que l'on s'en approche, la neige se durcit, la pente aussi. La partie sommitale sera gravie crampons au pied, avec une main courante installée par Stéphane sur un passage aussi rocailleux que vertigineux. Quelques émotions fortes suivies de la sensation de plénitude qui couronne une si belle ascension. Là encore, on en prend plein les yeux, avec le pic du Vignemale et son glacier, le calcaire du Mont Perdu, le pic du Midi de Bigorre et son observatoire, entre autres. A nos pieds se répandent quantité de lacs, dont le Cap de Long. L'atmosphère très douce pour l'altitude nous permet de savourer enfin notre pique-nique devant ce décor grandiose. La journée déjà bien avancée nous oblige toutefois à poursuivre l'itinéraire sans traîner. Nous nous encordons pour redescendre prudemment jusqu'à nos skis, enfin débarrassés de leurs peaux pour une longue descente sur une neige dure puis lourde, passant l'isotherme de la veille, fort éprouvant pour les cuisses ! Après un passage franchi à pied auquel on aurait pu affubler un panneau « Interdit de tomber », nous longeons des lacs puis descendons tranquillement une route enneigée pour enfin rejoindre le Chalet d'Orédon, à 19h00 bien tassées. La bâtisse semble toute neuve, et accueille jusqu'à 18 personnes en hiver. L'accueil se révèle plus chaleureux qu'au refuge de la Glère, le repas est en revanche nettement moins savoureux. Nous retrouvons sur place le groupe des futurs initiateurs, et une partie de cartes conclut cette longue journée. Jour 3 : Troisième et dernier jour de ce périple. Le ciel s'est couvert et lâche quelques poignées de flocons. Il s'agit de remonter une partie de l'itinéraire de la veille pour atteindre la Hourquette d'Aubert, un col situé à 2498 mètres. Notre progression est ponctuée par de nombreuses pauses agrémentées par les explications géologiques et faunistiques de Stéphane, qui, l'air de rien, grappille encore quelques points au passage. A l'issue d'une interminable traversée à flanc d'une pente à plus de 30°, durant laquelle chacun se concentre légitimement à faire glisser ses spatules bien droit, il nous montre ce qui ressemble à des granulés de bois. Des crottes de lagopède en réalité. Le discret volatile blanc se montrera même un peu plus tard dans la journée, peut être débusqué par le chant strident d'une skieuse effarouchée par la pente. Entre temps, le soleil a percé et nous permet encore une fois de pique-niquer confortablement, face au paysage sensationnel offert par la Hourquette d'Aubert. Il ne nous reste plus qu'à glisser jusqu'au parking de Super Barèges… avec plus ou moins de grâce et de chutes ! En fin de parcours, les avalanches de fond ont déjà dénudé de vastes pans de montagne. La chaleur transfigure peu à peu les Pyrénées qui ne vont pas tarder à se débarrasser de leur manteau neigeux. Notre équipe a la satisfaction d'en avoir bien profité, et imagine déjà de réitérer l'expérience du raid à skis. D'autant plus que notre CAF peut se flatter de compter dans ses rangs un initiateur aussi compétent que sympa. Notre mono finit en effet le périple avec un solde de points largement positif ! Récit et photo : Alain APVRILLE






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